Les Enquêtes de Lucia Pretti - tome 4

Les Enquêtes de Lucia Pretti - tome 4

Quand la musique classique et les secrets de terroir orchestrent un crime parfait.

by Patrick Le Jan

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Un festival prestigieux dans un domaine viticole. Une partition macabre au fond des caves. Alors que le village de Servet s'apprête à accueillir l'inauguration en grande pompe de son festival de musique classique, l'événement tourne au drame. Le premier violon virtuose est retrouvé assassiné au milieu des fûts centenaires, son corps arrangé selon une mise en scène théâtrale troublante, accompagné d'une mystérieuse partition. La capitaine Lucia Pretti et son adjoint Julien Josep se retrouvent plongés dans un nid de vipères où se croisent artistes rivaux, producteurs impitoyables et vignerons sous pression. Entre la panique du maire qui craint pour sa réélection et l'acharnement d'une journaliste prête à tout pour créer le scandale, l'enquête vire au compte à rebours lorsque des sabotages ciblés viennent menacer l'ensemble de la troupe. Secondée par le libraire David Steiner pour percer les énigmes de la partition, et entourée de son clan haut en couleur, Lucia devra déchiffrer les faux-semblants et les silences coupables avant que la scène finale ne devienne fatale à d'autres innocents. Une nouvelle enquête captivante de Lucia Pretti, mêlant charme provincial, faux-semblants et suspense palpitant.

  • Roman policier
  • Mystère
  • Policier
  • cozy

Prélude macabre dans les chais

Le soleil de juillet écrasait le domaine viticole Bonnet d'une lumière blanche qui faisait scintiller les feuilles de vigne comme autant de pièces de monnaie. Lucia Pretti s'était installée à l'ombre d'un vieux mûrier, un gobelet de café tiède à la main, et regardait les techniciens s'agiter autour de la scène montée à la va-vite entre deux rangées de ceps. Dans deux jours, ce coin tranquille du Roussillon accueillerait la crème de la musique classique. Pour l'instant, il accueillait surtout des câbles électriques qui traînaient partout et un monde fou en nage sous des chapeaux de paille.

« Vous avez déjà vu autant de monde s'agiter pour accorder des violons, patronne ? » demanda Julien Josep en s'épongeant le front avec un mouchoir qui avait connu de meilleurs jours.

« Jamais. Et je ne suis pas certaine d'apprécier le spectacle. » Lucia observait l'orchestre installé en arc de cercle face aux rangées de vignes, une soixantaine de musiciens en tenue de répétition, chemises froissées par la chaleur, partitions maintenues par des pinces à linge contre le vent tiède qui montait du fleuve. Au centre, sur une estrade de bois, se tenait Sylvie Robert, baguette levée, silhouette raide dans son smoking noir malgré les trente degrés ambiants.

« Reprenons la troisième mesure, » lança la cheffe d'orchestre d'une voix qui portait sans effort jusqu'au mûrier. « Et cette fois, messieurs les cuivres, j'aimerais entendre de la musique, pas un troupeau de vaches égaré. »

Un murmure parcourut les rangs. Lucia échangea un regard avec Julien. « Charmante, » souffla-t-elle.

« On dit que c'est pire en coulisses. » Julien baissa la voix, comme si la cheffe pouvait l'entendre à trente mètres. « Les techniciens racontent qu'elle a fait pleurer une flûtiste hier soir. »

Lucia allait répondre quand Sylvie Robert frappa son pupitre du plat de la main, un claquement sec qui fit taire net les dernières mesures. « Où est Delmas ? » Sa voix avait changé de registre, montée d'un cran dans l'exaspération pure. « Nous répétons le concerto en trois jours et notre premier violon décide de faire l'article dans les vignes ? »

Un silence gêné s'installa. Une violoniste aux cheveux châtains, assise au premier rang des cordes, garda les yeux rivés sur sa partition sans lever la tête. Lucia la reconnut vaguement, une des solistes croisées la veille lors de sa tournée de présentation auprès des organisateurs.

« Il était là il y a une demi-heure, » lança quelqu'un depuis la fosse. « Il a eu une prise de bec avec Claire, et puis plus rien. »

Sylvie Robert serra sa baguette si fort que ses jointures blanchirent. « Formidable. Ce festival va se terminer en foire aux esclandres avant même d'avoir commencé. » Elle se tourna vers son assistant, un jeune homme chétif qui semblait vouloir disparaître dans le sol. « Trouvez-le. Tout de suite. »

Lucia se redressa, sentant cette vague familière au creux de l'estomac, ce petit signal d'alerte qu'elle avait appris à ne jamais ignorer. Ce n'était rien, sans doute. Un artiste capricieux boudant dans un coin, une querelle d'ego de plus dans ce joli monde de virtuoses. Elle allait reposer son gobelet quand Christian Fournier surgit entre deux rangées de vigne, le visage fermé, le pas pressé de l'homme qui n'aime pas déranger mais qui n'a pas le choix.

« Capitaine. » Il s'arrêta devant elle, essoufflé, sa chemise à carreaux collée au dos par la transpiration. « Faudrait que vous veniez voir dans les caves. Ça fait deux fois qu'on entend du bruit là-dessous, et j'ai vu de la lumière qui bougeait sous la porte du fond. »

« Quel genre de bruit ? »

« Comme un truc qui tombe. Un fût, peut-être. » Il hésita, se gratta la nuque. « Ou peut-être pas. »

Lucia et Julien échangèrent un regard, puis suivirent Fournier sans un mot de plus, laissant derrière eux les cris de Sylvie Robert qui continuaient de résonner entre les rangées de vigne comme un orage qui refusait d'éclater.

Les chais historiques du Mas Bonnet s'enfonçaient sous la terre par un escalier de pierre usé par deux siècles de pas. La fraîcheur les saisit dès les premières marches, un contraste brutal avec la fournaise du dehors, et l'odeur de fût de chêne et de moût fermenté monta jusqu'à eux, épaisse, presque grasse. Fournier alluma les lampes accrochées aux voûtes, mais elles ne suffisaient pas à percer toute l'obscurité tapie entre les rangées de barriques.

« C'est par là, » dit-il en désignant le fond de la galerie, là où les fûts les plus anciens dormaient depuis des générations.

Julien sortit sa lampe torche et le faisceau balaya la pierre humide, faisant naître des ombres mouvantes le long des voûtes. Lucia avança, ses bottes claquant sur le sol de terre battue, et c'est elle qui l'aperçut la première.

Alexandre Delmas était assis sur un fût de chêne centenaire, le dos droit, presque digne, comme s'il attendait qu'on lève la baguette pour jouer. Ses bras étaient croisés sur un pupitre de fortune posé devant lui, une planche calée entre deux tonneaux, et sur cette planche reposait une partition maculée de sang, encre rouge et sang mêlés en un même trait. Sa gorge portait une entaille nette, fine, presque chirurgicale, et Lucia comprit en un coup d'œil qu'aucune lame n'avait fait ça. Une cordelette, épaisse et sombre, pendait encore autour de son cou, le genre de corde qu'on tend sur un violoncelle.

Personne ne parla pendant un long moment. Le silence des caves, d'ordinaire apaisant, prenait soudain des allures de tombeau.

« Mère de Dieu, » murmura Julien, la lampe tremblant légèrement dans sa main.

Lucia s'approcha, prudente, sans toucher à rien, et braqua sa propre torche sur la partition ensanglantée. Une dédicace était griffonnée en marge, d'une écriture nerveuse, presque hachée : quelques mots qu'elle ne parvint pas à déchiffrer entièrement dans la pénombre, mais dont le ton ne laissait aucun doute. Ce n'était pas un hommage. C'était une accusation.

« Personne ne touche à rien, » dit-elle enfin, la voix plus dure qu'elle ne l'aurait voulu. « Julien, appelle le poste, on ferme tous les accès aux caves. Fournier, je vais avoir besoin de la liste de toutes les personnes qui ont une clé de cet endroit. »

Fournier hocha la tête, le teint blême, incapable de détacher son regard du corps assis parmi les fûts, dans cette mise en scène qui ressemblait à un dernier concert macabre. Au-dessus d'eux, quelque part entre les rangées de vigne, la voix de Sylvie Robert continuait de résonner, réclamant son premier violon d'un ton toujours plus impérieux, ignorant encore qu'il ne répondrait plus jamais à l'appel.

La rigueur des indices

Maggie Benet descendit les marches de pierre avec la légèreté d'une femme qui n'avait jamais eu peur d'un escalier centenaire, sa sacoche médicale cognant contre sa hanche à chaque pas. Ses lunettes glissaient déjà sur son nez, et elle les remonta d'un geste machinal avant même de poser les yeux sur le corps. « Alors, qu'avons-nous là, » dit-elle,

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